Off, Carol. CHOCOLAT AMER: le côtê sinistre de la friandise la plus délicieuse du monde. 2006. Random House, Canada.

Revue littéraire de T. Wolfwood.  En francais de Andreé Scott

“Ceux qui se délectent à ces gaufrettes de chaude béatitude
Connaissent un moment d´oubli ravissant
Mais ce plaisir cache son pass´.” … extrait d´un poème de T. Wolfwood

Bitter Chocolate by Carol Off: A Book review by Theresa Wolfwood

Carol Off, journaliste canadienne, parcourt la jungle africaine à la recherche de la vérité concernant le cacao, denrée précieuse de la Côte d´Ivoire. Elle a fini par atteindre un village pauvre et écarté où les gens las et abattus manquent de clinique, d´électricité et de téléphone. Elle affirme qu´ils cultivent ‘la nourriture des dieux’, mais la vie qu´ils mènent est loin d´être le paradis sur terre. Ils cultivent le cacao, le vendent aux acheteurs, mais n´ont pas la moindre idée oú il se rend par la suite ou ce que l´on en fait une fois que disparaît le produit á l´état brut. Lorsqu´on explique aux enfants du village le concept des tablettes de chocolat, ils ne saisissent toujours pas l´idée qu´il y ait des enfants ailleurs qui mangent du chocolat à leur gré.

Elle témoigne, “…les enfants qui s´éreintent pour produire un des délices du monde auquel j´appartiens n´ont jamais connu de tels délices, et de toute évidence, n´en connâitront jamais.” Ceci démontre la séparation de nos mondes, dire qu´il peut y avoir une distance aussi frappante, la distance entre la main qui cueille le cacao et la main tendue pour saisir la tablette de chocolat! La misère et l´esclavage — oui, l´esclavage — des producteurs actuels de cacao, y compris des milliers d´enfants, est le résultat actuel des siècles d´injustices. Dans son livre CHOCOLAT AMER, Off décrit l´affreuse histoire de la production du cacao, et de sa progéniture alléchante, le chocolat, dont raffole notre monde privilégié.

Bitter Chocolate by Carol Off: A Book Review by Theresa Wolfwood

Cortes started the cocoa rush / Cortes a commencé la ruée vers cacao.

Lorsque Cortès a envahi ce qui est aujourd´hui le Mexique, il s´est aperçu que l´élite de la cour de Moctézuma et de son armée dégustaient un breuvage miraculeux qui nourrissait et fortifiait les nobles et les soldats. C´était la cacao, une denrée si précieuse qu´on s´en servait entre pays en guise d´unité monétaire.  Cortès en a rapporté en Espagne, d´où sa renommée s´est répandue à travers l´ Europe. Ainsi commença la participation de notre société aux 500 ans et plus d´ exploitation, colonialisme et esclavage qui continuent jusqu´ à nos jours afin que les millions de privilégiés puissent savourer le chocolat sous toutes ses formes. A partir des plantations des indigènes, le commerce du cacao s´ est accru, si bien que des esclaves ont dû être importés d´Afrique pour cultiver et le sucre et le cacao.
Cortes
Pendant ce temps, dûe aux améliorations apportées au nouveau breuvage, sa rénommée s´ est répandue à travers l´ Europe — depuis la royauté jusqu´aux gens du peuple qui en avaient les moyens. L´ on croyait que le cacao représentait la santé, la vigueur et la sensualité. Dans les années 1700, un inventeur hollandais, Van Houten, a crée la poudre de cacao, et les entreprises Fry d´ Angleterre ont inventé la tablette de chocolat de nos jours.

La famille Fry était Quaker, et bientôt d´ autres Quakers, les Cadbury et les Rowntree, se sont joints à l´entreprise du chocolat (une alternative plus sympathique que la traite des armes); ils étaient aussi conscients de leur responsabilité sociale envers leurs employés. Ils ont été pionniers dans le domaine des bénéfices sociaux, de la construction de l´hébergement et des conditions de travail acceptables pour leurs employés anglais (tout comme le ferait Hershey plus tard aux E—U), mais leurs principes n´allaient pas jusqu´à inclure les paysans qui cultivaient le cacao et qui  “n´avaient guére de contrôle sur leur destin, et vivaient et mouraient en esclavage”.  A cette époque, la production du cacao était bien établie en Afrique grâce à la main-d´oeuvre disponible des colonies européennes. Les journalistes se sont mis à suivre le sujet, et le font encore de nos jours, puisque le cacao cultivé par des enfants et des esclaves nous est prôné comme étant un symbole d´amour, de luxe, de culte et même de santé. Le cacao a créé de nouveaux empires — ceux de Hershey, Nestlés et Mars — qui ne cessent de croître, ainsi que leurs profits, pour rassasier notre envie de cette friandise.

On dirait un geste chaleureux — offrir des chocolats à son amant, préparer une tasse de chocolat chaud pour un enfant malade, apporter à une fête des biscuits aux brisures de chocolat. Mais comme le dit Susan Haworthe dans son livre  ‘Wild Politics’, la déconnection s´impose si on veut composer avec un système basé sur le profit. Et le profit est à la base du commerce contemporain et de la production alimentaire. Nous jouissons de ces petits luxes (et aussi des plus chers, tels les diamants) sans nous soucier de la main d´oeuvre qui a rendu possible tout ça.

Off nous expose ces liens, sans scrupules, inspirée par ses expériences en Afrique occidentale où elle a suivi les traces d´autres journalistes — assassinés pour avoir cherché la vérité. Les organizations vouées aux droits humains et aux secours frissonnent d´inquiétude; nombreux sont ceux qui abandonnent le travail menacé.

Bitter Chocolate by Carol Off: A Book Review by Theresa Wolfwood

The temptations at every cashier in Canada /  Les tentations à chaque caissier au Canada.

Aujourd´hui la Côte d´Ivoire produit toujours plus de cacao que tout autre pays, mais aucun pays ne contrôle ni la production ni le prix du cacao brut qu´il exporte. Le travail des enfants esclaves continue, aucun soit-disant accord ni engagement n´ayant été honoré à cause du manque de suivi, et, comme Off l´a appris à ses dépens, parce que les contrôles fiables manquent et qu´il est dangereux de chercher à exposer la vérité. Il s´agit de la grosse entreprise; la mise en marché est dirigée par la Cargill notoire, et la moins connue Archer Daniels Midland — compagnies cachottières et puissantes qui s´immiscent dans plusieurs denrées alimentaires. Le cacao, tout comme les diamants, sert de monnaie pour l´achat des armes à feu que le tiers monde veut bien marchander aux dictateurs du monde majoritaire: ceux-ci n´ont aucun intérêt à renverser ce commerce en faveur d´un monde plus juste pour les paysans et les ouvriers. Notre temptation

Plusieurs questions nous viennent à l´esprit en lisant CHOCOLAT AMER; des questions qui peuvent agasser le lecteur, des questions dont les réponses se trouvent dans la documentation fournie par l´auteur.  En premier, nous du monde minoritaire semblons croire avoir droit à l´alimentation et à d´autres nécessités, à prix modiques. Rarement faison—nous le lien entre le prix des aliments et les conditions du secteur agricole, y compris la disparition de plus en plus accentuée de la ferme familiale canadienne.

Et la question du fameux ‘Libre commerce’ qui va nous enjoliver la vie! Les pays puissants et les sociétés enregistrées qui fournissent les matières premiéres, tous appuyent les subventions et l´appui financier offerts à la grosse industrie agricole aux Etats-Unis et en Europe. (Sans oublier la Colombie-britannique, exportateur global de bois à l´état brut et toujours à la merci des marchands américains de bois de charpente.)

Ce livre illumine les avantages et les problèmes du Commerce Equitable, prenant comme example un projet au Bélize. C´est là que des paysans Maya entreprennent la culture des variétés de cacao qui ne demandent aucun engrais chimique. Les cultivateurs recoivent un prix fixe —une sécurité pour eux et pour la communauté. Afin de convaincre les consommateurs européens de la bonne foi du Commerce Equitable, les cultivateurs s´engagent à assumer les coûts additionnels et le travail supplémentaire d´administration. Un gérant canadien opine que les exigeances administratifs seront difficiles à soutenir, et que les coûts
présentent un obstacle pour les petits producteurs qui aspirent  à la sécurité du Commerce Equitable. Le besoin de véracité ainsi que la capacité limitée des petits producteurs sont des problèmes qu´il faut solutionner afin d´appuyer le Commerce Equitable à base communautaire.

Off ne fait pas mention de la compagnie Camino, la marque de cacao que j´utilise: on en trouve facilement dans les supermarchés ainsi qu´aux magasins specialisés. Basés en Ontario, les produits Camino viennent des producteurs La Siembra en République dominicaine. Depuis 1999, la vente des produits La Siembra ne fait qu´augmenter, puisque c´est la première organization en Amerique du Nord à importer, confectionner et distribuer les produits de Commerce Equitable en Amérique du Nord. Parmi les produits Cacao Camino de La Siembra, on compte le cacao, les tablettes de chocolat et les brisures de chocolat. Voir: www.lasiembra.com
Sachant que les producteurs du cacao réalisent à peine 5%; des profits de leur produit au détail, nous devrions sûrement profiter de toute occasion pour acheter les produits de Commerce Equitable.

Ce qui veut dire qu´il est possible de nous régaler des produits chocolatiers tout en contribuant à l´amélioration les conditions de vie, de santé et de l´environnement de travail pour des communautés entières.
Jusqu´à présent, seuls quelques mille des quatorze millions de travailleurs de cacao à travers le monde jouissent de cette avantage, ceux au Bélize et en République Dominicaine, tout comme ceux des coopératives au Ghana: cependant, le mouvement du Commerce Equitable est en croissance rapide, et la vente du cacao se rapproche a celle du café Commerce Equitable.

Le Commerce Equitable est le juste moyen pour les consommateurs privilégiés, mais il nous faut agir pour nous débarasser des règlements onéreux de commerce et la puissance épouvantable des acheteurs corporatifs qui exercent le pouvoir de vie et de mort sur les producteurs, voir même sur certains pays. Il nous faut respecter la nourriture et accepter de compenser ceux qui la produisent. ‘CHOCOLAT AMER’ est un appel à l´action, une révélation sordide d´un système de commerce opprimant. Je recommende que l´on suive les recommendations d´Off, et que l´on passe à l´action!

Le lecteur de ce livre profiterait également de la lecture du ´MONDE  DOUX-AMER DU CHOCOLAT´, de Troth Wells et Nikki vander Gaag, publié par New Internationalist Publications. On y trouve de bonnes recettes emaillées de faits divers sur le cacao et le Commerce Equitable, aussi bien que des rérérences et des informations sur des actions à prendre.

Les canadiens qui font parti du mouvement coopératif peuvent s´inspirer de la UK Cooperative, dont les 2400 supermarchés achètent le cacao pour sa marque de tablettes de chocolat chez les cultivateurs ghaniens de Kuapa Kokoo.

Les paroles et les visages que vous trouverez dans ce livre sur les producteurs de cacao qui profitent du Commerce Equitable vous fera fondre le coeur comme le chocolat à la bouche, et saura vous convaincre de faire vos achats chez le Commerce Equitable.

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